Perception de la cohésion sociale vécue au sein des coopératives agricoles: cas de la Région Vatovavy-Madagascar
Dr Miora RakotonirainyDocteur en Economie, Enseignant-Chercheur à l’UCM.
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Résumé
Représentant la cause et la conséquence de certains problèmes actuels les plus urgents, la cohésion sociale constitue un phénomène clé. Dans une société, elle exige de tous ses membres une participation solidaire à une entreprise commune, l’adoption des mêmes défis à narguer et la poursuite des objectifs collectifs de façon que tous en bénéficient. Au niveau des coopératives, elle contribue largement à la formation, à la performance et à leurs succès qui sont communément reconnus comme instruments de transformation sociale et économique. Le présent article examine l’état des lieux de la cohésion sociale au sein des coopératives agricoles dans la Région Vatovavy, Districts d’Ifanadiana et de Mananjary. Pour ce faire, le mini-baromètre de la cohésion sociale a été utilisé pour en déterminer la perception au sein des coopératives et qui a été par la suite renforcé par les entretiens de groupe. Les résultats ont permis de voir que la cohésion sociale existe et est déjà vécue par les coopératives et elle prend plusieurs formes de manifestation même si certains membres ne sont pas encore dans le dynamisme de solidarité avec la majorité des membres.
Mots clés : Cohésion sociale, coopératives agricoles, Région Vatovavy.
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Introduction
La cohésion sociale a fait l’objet d’une attention considérable dans les milieux académiques et politiques au cours des 20 dernières années (cf. par exemple Bernard (2000); Boehnke, Berrueto, Dragolov, and Ocampo Villegas (2019)) et son importance au niveau de la société n’a cessé de croître. La cohésion sociale est un phénomène clé parce qu’elle représente la cause et la conséquence de certains des problèmes les plus urgents d’aujourd’hui tels que le chômage, la pauvreté, la discrimination, l’exclusion, le manque de confiance dans les institutions politiques, etc. (Bernard, 2000). En effet, la cohésion dans une société implique que ses membres participent de façon solidaire à une entreprise commune, aient les mêmes défis à relever et poursuivent librement des objectifs collectifs. Le changement qui en résulte profite donc à tous (Carron, 1982).
La cohésion sociale constitue également une clé de voute garantissant la paix sociale, l’harmonie, la sécurité, l’équité, la justice, le respect des droits et libertés et la non-discrimination, qui par la suite favorisent le vivre-ensemble et l’efficacité des actions collectives (Bouchard-Pierre & Gagné, 2019). Par ailleurs, l’accès égal aux ressources qui découle de la cohésion sociale établit une confiance entre les individus et envers les institutions ; cela affermit leur engagement civique et leur sentiment d’appartenance. Elle est par conséquent cruciale pour le développement local. De plus, grâce à elle, les habitants pourront s’organiser afin de résoudre ensemble les problèmes communautaires et faire face aux défis sociétaux (Martínez-Martínez, Rodríguez-Brito, & Ramírez-López, 2021).
Au niveau individuel, le renforcement de la cohésion sociale dans une localité permet aux paysans de diversifier leurs moyens de subsistance et d’être autonomes. A son tour, la diversification fait accroître les sources de revenus et servira ainsi de filet de sécurité contre les difficultés économiques (Dumasari, Budi, Imam, Wayan, & Dinda, 2021). Au niveau des coopératives, la cohésion sociale constitue un facteur non négligeable garantissant la performance et le succès des coopératives. Grâce à la confiance mutuelle, aux liens intracommunautaires, c’est-à-dire au capital social permis par la cohésion sociale, la collaboration entre les membres des coopératives est devenue facile (Jia & Xu, 2021).
Bien que la cohésion sociale soit un atout considérable pour la prospérité des activités des membres de coopératives ou d’une localité donnée, plusieurs sont les facteurs qui entravent à la cohésion sociale et peuvent être des sources de conflit entre les membres (Donzelot** (2006), Qadeer & Kumar (2006), Pagé (2011), Harrisson (2012)) à savoir les intérêts politiques et économiques au profit de quelques individus uniquement, l’intégration des nouveaux membres, la diversité culturelle et ethnique au sein des membres.
De ce fait, cet article cherche à examiner l’état des lieux de la cohésion sociale au sein des coopératives agricoles ainsi que les défis à relever. De manière spécifique, elle vise à évaluer la perception de la cohésion sociale de la part des membres des coopératives agricoles et à déterminer les différentes formes de cohésion sociale existantes et les obstacles au sein de la coopérative. Fera l’objet de la présente étude les coopératives agricoles qui opèrent dans la filière des épices pour le cas de la Région Vatovavy, Madagascar. Le choix de la coopérative agricole réside dans le fait que dans la Région étudiée, toutes les conditions géographiques et climatiques sont propices à l’agriculture et la cohésion sociale pourrait contribuer à l’amélioration des activités des agriculteurs.
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I. Revue de Littérature
La cohésion sociale est souvent utilisée comme un terme générique démuni d’une définition précise et consensuelle (Lode, Coosemans, & Camargo, 2022). En raison de cette ambiguïté, la littérature existante apporte plusieurs tentatives de définitions pouvant être considérées comme complémentaires. Partant de la définition fournie par le Comité Européen pour la Cohésion Sociale (2004), la cohésion sociale est la capacité d’une société à assurer de façon durable le bien-être de tous ses membres, tout en réduisant les disparités et en respectant l’accès équitable aux ressources disponibles et la dignité dans la diversité. Gingras et Carrier (2006) ont à leur tour précisé que la cohésion sociale serait un élément garantissant la pérennité des liens entre les individus d’un groupement qui permettent de créer une communauté de valeurs et d’intérêts partagés équitablement. Elle est à cet effet ancrée dans un objectif collectif de contribuer à l’équilibre et au bon fonctionnement de la société ; et grâce à elle, les individus qui y sont membres ont un sentiment d’appartenance, d’unité, de confiance et de collaboration pour bénéficier des avantages mutuels (Lode et al. (2022). Botterman, Hooghe, et Reeskens (2012)) ont rajouté que la cohésion sociale peut être cadrée à la présence de mécanismes structurels et comportementaux de solidarité, de coopération et d’échange entre les citoyens d’une société dont les réseaux constitutifs peuvent être matériels ou structurels (échange de biens, interactions économiques) ou immatériels (relations informelles, identités partagées). Bouchard-Pierre et Gagné (2019) ont souligné que la cohésion sociale est le résultat de bonnes politiques publiques visant à stimuler la volonté des membres d’une communauté donnée à avoir confiance les uns envers les autres, mais aussi envers les institutions, et à participer à la production ainsi qu’à la redistribution équitable de biens et de services, permettant ainsi d’assurer la prospérité d’une population.
Si telles sont les définitions attribuées à la cohésion sociale, ses différentes dimensions méritent d’être examinées. La cohésion sociale est constituée de plusieurs dimensions et niveaux qui peuvent être différents d’un auteur à un autre. Si Bernard (2000) avance que les dimensions de la cohésion sociale se résument à celle économique, politique et socioculturelle, Dickes et Valentova (2013) précisent que la cohésion sociale dispose de quatre dimensions, à savoir la légitimité contre l’illégitimité (confiance institutionnelle), l’acceptation contre le rejet (solidarité et souci du bien commun), la participation politique et la participation socioculturelle. Ces constats amènent Schiefer et Van der Noll (2017) à dégager de manière plus explicite les six dimensions de la cohésion sociale suivantes : les relations sociales, l’identification, l’orientation vers le bien commun, les valeurs partagées, la qualité de vie et l’égalité. Dans ce cadre, les quatre premières caractéristiques représentent les dimensions relationnelles et idéationnelles de la cohésion sociale proposée, tandis que les deux autres s’inscrivent dans une troisième dimension dénommée dimension distributive.
Fonseca, Lukosch, et Brazier (2019) ont mis en évidence que la cohésion sociale peut être évaluée à trois niveaux : individuel, communautaire et institutionnel. Ces niveaux, comme tels avancés par Dickes et Valentova (2013) traitent également des aspects du sentiment d’appartenance, de la participation, de la réduction des inégalités, des opportunités et surtout du bien-être.
Selon la littérature, la cohésion sociale est considérée comme étant un actif qui génère de multiples avantages. En effet, la cohésion sociale contribue non seulement à la formation mais aussi à la performance des coopératives qui sont communément reconnues comme instruments de transformation sociale et économique (Bijman & Hu, 2011). Par exemple, pour les coopératives agricoles, le pouvoir de la négociation collective s’est accru en raison du renforcement de la cohésion des petits agriculteurs membres. Les échanges, interactions et la confiance entre ces derniers ont également permis l’amélioration de la qualité de leurs produits agricoles, l’efficacité de l’utilisation des ressources des coopératives et la réduction des coûts de production (Liang et Hendrikse (2013); Hao et al. (2018). La cohésion sociale stimule également une éducation au sein des coopératives. Celle qui visait à mobiliser l’esprit des membres des coopératives, non seulement à comprendre pleinement la complexité et la richesse de la pensée et de l’action collectives, mais surtout à apprécier la nécessité de l’unité et de l’interdépendance des membres en vue d’une fin partagée (Sentama, 2017). C’est ce qui amènera les membres à assurer le succès de la coopérative et à améliorer leurs relations en s’engageant à construire un avenir positif.
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II. Donnée et méthodologie
Afin d’évaluer la perception de la cohésion sociale de la part des membres des coopératives, le mini-baromètre de la cohésion sociale de Catholic Relief Services (CRS, 2019) a été utilisé. Pour déterminer les différentes formes de cohésion sociale, un entretien en groupe de discussion a été effectué, qui servira aussi d’évaluation de la situation de la cohésion sociale et la promotion de la justice au sein des coopératives agricoles.
II.1. Mini-baromètre de la cohésion sociale
Le mini-baromètre repose sur une enquête de perception composée de 18 indicateurs regroupés en trois catégories ou sphères d’activités : sphères socio-culturelle, économique et politique (CRS, 2019). Une fois agrégés, les indicateurs offrent la perception qu’a un groupe sur les forces et les faiblesses du tissu social, d’une organisation ou d’une coopérative, d’une unité démographique ou géographique donnée (CRS, 2019).
Dans la sphère socio-culturelle, le but est de savoir si les membres ont des liens sociaux forts à travers divers groupes dans leur communauté (S1), s’ils se font confiance entre eux indépendamment des différences en termes d’identité (ethnicité, religion, culture, race, etc.) (S2) ; s’ils sont traités avec dignité indépendamment de qui ils sont (S3) ; s’ils s’acceptent et se tolèrent entre eux, malgré leurs différences (S4) ; s’il existe des opportunités formelles et informelles dans lesquelles ils se connectent et interagissent (S5) ; et si leurs coopératives ont la capacité de gérer paisiblement les problèmes sociaux (S6).
Pour la sphère économique, le but est de voir si les membres sont satisfaits des conditions actuelles de vie de leur famille, en comparaison avec celles de leurs pairs dans la coopérative (E1) ; s’ils s’entraident en temps de besoin (E2) ; s’ils ont un accès égal aux opportunités d’emploi et moyens de subsistance indépendamment de qui ils sont (E3) ; si les ressources publiques sont gérées de manière juste pour le bénéfice de tous (E4) ; si les gens bénéficient d’une opportunité égale en termes de services de base de qualité raisonnable ( exemples : éducation et santé) indépendamment de qui ils sont (E5) ; et si les biens et services sont échangés dans un environnement juste (E6).
La dimension politique de la cohésion sociale touche les domaines suivants : le niveau de participation des membres aux initiatives communautaires pour résoudre des problèmes qui concernent tout le monde (P1), la manière dont les officiers publics traitent les membres de la communauté (P2), les valeurs civiques que les citoyens du pays se partagent (P3), l’opportunité de chacun de participer à des procédures politiques (P4), la considération des soucis des membres par les institutions gouvernementales (P5), la confiance que les gens accordent aux institutions et aux structures publiques et gouvernementales, que ce soit au niveau local ou national (P6).
II.2. Groupe de discussion
La grille d’entretien est constituée par les éléments suivants : des informations générales des participants ainsi que des questions sur le consentement ; des questions engageantes sur les expériences des membres dans la coopérative ; des questions d’exploration pour l’approfondissement sur la cohésion sociale et sur les moyens de subsistance ; le mini-baromètre de la cohésion sociale au sein de la coopérative ; et des questions de clôture.
II.3 Zone d’étude
Les Districts de Mananjary et d’Ifanadiana font partie de la Région Vatovavy Fitovinany et de la province de Fianarantsoa. Ils se trouvent dans la partie Sud-est de Madagascar. La Région compte 1 063 000 habitants dont 17% dans le District d’Ifanadiana et 21.1% dans le District de Mananjary (CREAM, 2013).
La Région Vatovavy possède des atouts considérables en termes de climat, de condition géographique, de faune et de flore en faveur des activités agricoles et notamment en termes de production des épices. En effet, la Région a un climat tropical du type chaud et humide en général. Comme la plupart de toute la zone Est de Madagascar, la Région est caractérisée par des écosystèmes variés et d’une biodiversité particulièrement riche. La couverture forestière du District d’Ifanadiana est de 90 265 ha couvrant 37.6% de la Région tandis que pour Mananjary, elle est de 21 355 ha (CREAM, 2013). L’activité principale de la région se focalise dans l’agriculture avec une prédominance de l’agriculture à petite échelle utilisant des méthodes traditionnelles. Mis à part la culture vivrière qui est la plus pratiquée, les cultures de rente, notamment le café, la vanille et le girofle, ainsi que l’arboriculture fruitière restent toujours très présentes (CREAM, 2013).
II.4. Population de l’étude et sélection des échantillons
La population de l’étude comprend les membres des coopératives agricoles dans le cadre du programme SPICES1 dans la Région Vatovavy, districts d’Ifanadiana et de Ranomafana. Ces coopératives sont au nombre de 13 au total et comprennent 668 membres lors de la descente sur terrain. L’effectif des membres de chaque coopérative varie d’une coopérative à une autre.
Sur les 668 membres, un échantillon de 334 membres a été sélectionné aléatoirement pour l’enquête individuelle de perception et sont répartis dans les 13 coopératives agricoles. La taille de l’échantillon a été déterminée suivant la formule ci-après :
Où score z correspond au nombre d’écarts types d’une proportion donnée par rapport à la moyenne. Pour un niveau de confiance 99%, le score z est égal à 2,58.
A part cela, 22 autres membres des coopératives ont participé dans les groupes de discussion. Au total, 356 membres ont participé à l’enquête.
II.3. Collecte de données
La collecte des données a été effectuée le 22 novembre 2021 au 19 décembre 2021. Les membres des coopératives agricoles qui ont effectué l’enquête de perception ne faisaient plus partie de ceux qui participent au focus group et vice versa. Les membres sélectionnés pour le focus group sont des simples membres de la coopérative, c’est-à-dire qui ne font pas partie du comité d’administration2. Et cela c’est afin de garantir l’objectivité de l’information et que les réponses des membres ne soient pas influencées en présence des dirigeants. Quatre groupes de discussion ont été tenus auprès de quatre coopératives différentes et dont les participants sont composés des membres hommes et femmes.
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III. Résultats et discussion
III.1 Caractéristiques des répondants : éducation formelle, participation à la chaine de valeur, sources de revenu du ménage
Le niveau d’éducation formelle des membres des coopératives agricoles désagrégé par sexe (figure 1) montre que 35% des femmes et 38% des hommes, ont terminé l’école secondaire premier cycle, avec une différence moindre entre les femmes et les hommes. Les participants femmes ayant terminé l’école secondaire premier cycle sont largement supérieurs aux hommes, avec un pourcentage respectif de 25% contre 19%. 15% de femmes et 12% d’hommes sachent lire et écrire, sans n’avoir obtenu aucune sorte d’éducation formelle (voir Figure 1, p. 99).
Concernant la participation aux chaînes de valeur, sur le marché, une part non négligeable des répondants vend de la vanille (58%), du café (55%), des fruits (49%), du riz (45%), de la cannelle (41%) et du girofle (41%), comme le montre la figure 2 (voir p. 100). A part cela, le manioc et le poivre noir font également partie des produits les plus vendus sur le marché, respectivement par 33% et 29% des membres. En outre, 13% des agriculteurs vendent d’autres produits tels que la canne à sucre, le piment, le poivre rouge, le poivre vert, la feuille de Taro, le kola, la baie rose, la noix de muscade, le curcuma, la citronnelle, le miel ainsi que le lait. Il existe toutefois des membres qui ne vendent aucun produit sur le marché (8%).
Les résultats d’observations sur les principales sources de revenu des membres ont montré que plus de la moitié ont comme principale source de revenu l’agriculture (54% des femmes et 56% des hommes) (voir figure 3, p. 101). A côté de l’agriculture, la culture et l’élevage de l’agropastoralisme sont aussi d’importantes sources de revenu avec un pourcentage de 28% pour les hommes et 23% pour les femmes. Il y a également le commerce (14% des femmes contre 7% des hommes) et la production de bétail (5% pour tous les participants).
III.2 Perception de la cohésion sociale des coopératives agricoles
Les résultats sur la perception de la cohésion sociale au sein des coopératives agricoles sont présentés ci-après suivant les trois sphères du mini-baromètre de la cohésion sociale.
III.2.1. Sphère socioculturelle
En nous référant à la sphère socioculturelle (fig.4, p. 104), nous pouvons constater que les membres des coopératives ont des liens sociaux forts entre eux car ils sont solidaires et sont généralement en bons termes (perception de la majorité des répondants). De plus, presque la totalité des agriculteurs s’impliquent toujours dans les travaux collectifs. Certains ont même avancé qu’ils se sentent chez eux dans leur coopérative, comme si tous les membres appartenaient à une même famille. En termes d’inclusivité, il peut également être avancé que les membres se respectent indépendamment de leur ethnicité, de leur religion, de leur culture, de leur race, de leur affiliation politique, de leur genre et de leur âge ; et chacun assume dans l’intégrité ses parts de responsabilité dans la communauté. Les formes de discrimination n’existent pas au sein des coopératives car tout le monde est soumis aux mêmes règles et bénéficie de mêmes avantages comme l’obtention de plants à petit prix, l’acquisition des techniques agricoles, etc. En appui à cela, les coopératives ont la capacité de gérer paisiblement les problèmes sociaux (perception de presque tous les répondants).
III.2.2. Sphère économique
La dimension économique de la cohésion sociale porte sur l’équité des conditions de vie et le partage des richesses (fig.5, p. 105). Dans cette sphère, les résultats ont révélé que plus de la moitié des membres sont déjà satisfaits de leurs conditions de vie actuelles, en comparaison avec les autres. Ces membres satisfaits sont pour la majeure partie ceux qui ont affirmé avoir constaté des changements positifs dans leur vie depuis leur adhésion à l’organisation ; soit ils ont pu obtenir des avantages sur le plan commercial et agricole, soit ils ont pu améliorer leur niveau de vie. A part cela, la plupart des individus interrogés ont accepté le fait que les gens de leur communauté s’entraident en temps de besoin. En effet, généralement ils se soutiennent mutuellement dans les moments de gloire comme dans les périodes difficiles. L’idée selon laquelle les membres ont un accès égal aux opportunités d’emploi, de moyens de subsistance ainsi qu’en termes de services de base de qualité raisonnable indépendamment de qui ils sont, a été confirmée par les répondants. Concernant la gestion des ressources publiques, les personnes interviewées ont reconnu que celle-ci est généralement effectuée de manière juste pour le bénéfice de tous. Mis à part cela, plus de la moitié des participants trouvent que les biens et services sont échangés dans un environnement juste.
III.2.3. Sphère politique
En abordant la sphère politique (fig.6, p. 106), premièrement selon les perceptions des participants, les membres participent activement aux initiatives communautaires pour résoudre des problèmes qui concernent tout le monde. Il peut être également constaté que les membres de la communauté ont généralement une bonne relation avec l’Etat et ses représentants locaux car premièrement, ils peuvent participer aux procédures politiques sans avoir peur ; il n’y a pas de discrimination. En outre, leurs soucis ont été considérés par les institutions gouvernementales. Les membres enquêtés ont affirmé qu’ils font confiance aux membres du gouvernement. En dernier lieu, ils affirment de partager les mêmes valeurs civiques que les citoyens de leur pays, peu importe les groupes d’identité auxquels ils appartiennent.
III.3. Formes de cohésion sociale et leurs manifestations
A partir des résultats des entretiens menés en groupe de discussion, les différentes formes de cohésion sociale et de promotion de la justice identifiées et vécues au sein des coopératives agricoles sont énumérées ci-après :
Néanmoins, les coopératives agricoles rencontrent quelque fois des problèmes qui entravent la cohésion sociale. Parmi ces problèmes, figurent ceux qui sont en lien direct avec la cohésion et la solidarité du groupe tandis que la plupart d’entre eux sont issus des activités liées aux moyens de subsistance, et qui engendrent par la suite la division ou la mésentente entre les membres conduisant à la détérioration de la cohésion sociale au sein de la communauté. Les principaux problèmes évoqués par les membres des coopératives sont les suivants :
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Conclusion
Ce papier a pour objectif d’effectuer un état des lieux de la cohésion sociale au sein des coopératives agricoles pour le cas de la Région Vatovavy, Districts d’Ifanadiana et de Ranomafana. L’enquête de la perception de la cohésion sociale à travers le mini-baromètre et les groupes de discussion ont permis de détecter les différents aspects de la cohésion sociale déjà vécus par les membres au sein de leur coopérative. Ces formes existantes de la cohésion sociale et de la promotion de la justice se sont manifestées, notamment à travers la solidarité dans la participation aux activités collectives, le soutien mutuel lors des évènements spéciaux, le respect mutuel, équité et inclusivité, la participation active des membres aux initiatives communautaires visant le bien-être de tous, la relation généralement bonne avec les administrations publiques, la disposition de capital social des ménages pour leur permettre de réduire les effets des chocs, et l’effort de bien gérer et d’entretenir les ressources communes.
Malgré cela, des problèmes entravant la cohésion sociale apparaisent de temps en temps au sein de ces coopératives agricoles. Il y en a ceux qui sont en lien direct avec la cohésion et la solidarité du groupe mais la plupart sont issus des activités liées aux moyens de subsistance. Division ou mésentente entre les membres en est engendrée, ce qui détériore la cohésion sociale au sein de la communauté et a une répercussion sur les moyens de subsistance des membres.
Ainsi, la cohésion sociale existe déjà et est vécue par les coopératives et prend plusieurs formes de manifestation même si certains membres ne sont pas encore dans le dynamisme de solidarité avec la majorité. Il existe un lien étroit entre la cohésion sociale des membres des coopératives agricoles et leurs activités de subsistance. L’ouverture à ce papier pourrait donc être de voir l’impact de la cohésion sociale sur les activités de subsistance des coopératives.
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1 Programme dirigé par le Catholic Relief Services et d’autres organismes nationaux et internationaux non gouvernementaux, qui vise à contribuer à l’amélioration du bien-être et de la résilience des populations rurales vulnérables dans le Sud-est de Madagascar.
2 Chaque coopérative dispose d’un président, de trésoriers, d’un gérant et de pépiniéristes.