Assumer son rôle dans le projet du Créateur, fondement et expression de la dignité de l’être humain

Prof Erick Raharivelo, Prêtre Assomptionniste, Professeur extraordinaire en Théologie, Doyen des Facultés Ecclésiastiques et Enseignant à l’UCM.

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Résumé

Dans la conception chrétienne, la dignité de la personne humaine est fondée sur le projet de Dieu qui est de créer l’homme à son image et à sa ressemblance. Il lui revient de régner sur les créatures, c’est-à-dire, de leur permettre d’accomplir leur vocation propre dans l’ensemble de l’écosystème. Or, la crise écologique qui frappe la société actuelle montre l’incapacité de l’homme à exercer sa responsabilité par rapport à lui-même, par rapport à ses semblables et par rapport aux autres créatures dont fait aussi partie la terre, leur milieu de vie. En ce sens, on peut dire que la dignité de l’être humain se trouve bafouée. Pour retrouver toute sa dignité, l’homme doit collaborer avec ses semblables à la réalisation du projet de Dieu. Fort de cette conviction commune, il pourra œuvrer à la sauvegarde de l’écosystème de l’humanité où chacun est appelé à s’épanouir. En effet, la dégradation de la qualité de vie d’un seul être vivant peut avoir une répercussion sur la vie de l’écosystème tout entier et par conséquent sur la vie de tout être, qu’il soit humain ou non. C’est pourquoi la recherche scientifique, la recherche pour le développement économique et industriel, les activités individuelles et collectives, matérielles ou spirituelles doivent avoir pour premier objectif le bien-être fondamental de l’homme et de tout homme.

Mots-clés : écologie intégrale, crise écologique, création, humanisation, biodiversité, responsabilité, interaction, solidarité, incarnation, Logos, christologie de l’Envoyé, mission, commandement d’amour, justice.

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Introduction

Le concept de « dignité de la personne humaine » préoccupe depuis plusieurs siècles les chercheurs dans de nombreux domaines, du droit à la médecine en passant, entre autres, par la philosophie, la théologie, l’éthique et la politique, si bien qu’on peut l’affirmer :« les approches de ce concept sont aussi diverses que les cultures, les savoirs et les croyances » (De Koninck et Larochelle, 2005, cité par Boni, 2006, 66). Par ailleurs, l’utilisation de ce concept en un sens général dans la société ne fait que rendre difficile le consensus autour de sa signification. On peut au moins affirmer que ce concept concerne toutes les dimensions de la vie humaine. La dignité est en effet consubstantielle à l’humanité tout entière et incarnée dans la « personne humaine ». Elle se conjugue au singulier (cf. Boni, 2006, 65), mais touche l’être humain dans sa relation avec ses semblables et avec les autres créatures. Car nul ne peut entrer en relation avec les autres ou être accueilli dans cette relation sans assumer sa propre singularité et être accepté comme tel. Dans la conception chrétienne, la dignité de la personne humaine vient du fait qu’elle est créée à l’image et à la ressemblance de son Créateur. Ce n’est donc pas le sexe, ni la race, ni la religion qui confère à l’homme sa dignité ; elle fait intrinsèquement partie de la condition humaine. De même, le statut social ou l’origine géographique et ethnique de l’homme ne peut en aucune manière remettre en cause cette dignité. En revanche, pour pouvoir jouir de cette dignité, il revient nécessairement à l’être humain d’assumer sa vocation primordiale et de vivre selon le projet de son Créateur. C’est la raison pour laquelle notre communication, qui s’inscrit dans une réflexion sur l’écologie intégrale et utilise les approches de celle-ci, a pour thème : « Assumer son rôle dans le projet du Créateur, fondement et expression de la dignité de l’être humain ». Ce qui suppose que l’homme peut réaliser le projet que lui a confié le Créateur : celui de régner sur les créatures et sur la terre pour pouvoir exprimer sa dignité (Gn 1,28). Il revient ainsi à l’homme de vivre comme image et ressemblance du Créateur en régnant sur les créatures, donc en interaction avec elles. Malheureusement le comportement de l’homme vis-à-vis des créatures et de ses semblables est loin de répondre à ce projet. Ce sont au contraire les activités des êtres humains qui sont aujourd’hui perçues comme la cause première des catastrophes écologiques qui atteignent l’humanité et le reste de la création. Quelle forme de vie l’être humain doit-il donc adopter pour pouvoir jouir de sa dignité ? En d’autres termes, assumer le rôle confié aux premiers êtres vivants au jardin d’Eden dans la société actuelle permettrait-il à l’homme de retrouver sa dignité ? Pour répondre à ces questions, nous chercherons d’abord à montrer que « la dignité de la personne humaine » consiste à assumer la place que lui réserve le projet du Créateur au sein de sa société. Cet article étudiera dans sa première partie les deux récits de la création présentant le jardin d’Eden comme un écosystème équilibré. L’analyse de cet écosystème montrera qu’agir en tant qu’être créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance permet aux êtres humains d’être en interactions entre eux, avec leur milieu de vie et avec les autres créatures. Ce comportement qui reflète leur dignité, en tant qu’êtres créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance est le fruit de l’obéissance des hommes à la parole du Créateur. Cette parole étant le Logos, le Verbe, par qui Dieu a tout fait exister (cf. Jn 1,3), les hommes sont censés adhérer à la parole de Jésus, le Verbe incarné pour pouvoir retrouver leur dignité et pour en jouir pleinement. Ce sera l’objet de la deuxième partie de cet article.

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Partie I : Image et ressemblance du Créateur, fondement de la dignité de l’être humain

Il n’est certes pas facile de donner une définition entièrement satisfaisante de ce qu’on appelle « la dignité de la personne humaine ». En effet, chaque culture, chaque domaine de réflexion, a sa propre manière de la concevoir. Par ailleurs, la dignité étant innée à l’homme, elle ne peut se perdre, même si elle peut être bafouée. En un premier sens, la dignité de l’homme signifie qu’il doit être respecté pour ce qu’il est. C’est là un « besoin vital de l’âme humaine », l’être humain étant considéré ici « non pas simplement comme tel, mais dans son entourage social » (Weil, 1949, cité par Boni, 2006, 65). L’être humain, créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance (GS, n°12 ; Gn 1,26), possède en soi, dans son indivisibilité et sa singularité, cette dignité qui ne saurait être différente de celle de ses semblables. Le premier pas de notre réflexion consiste donc à préciser ce qu’est la personne humaine si l’on veut ensuite œuvrer au respect de sa dignité. Pour ce faire, il nous faut revenir au projet du Créateur à partir des deux récits de la création.

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I. L’être humain dans le projet du Créateur

I.1. Approche méthodologique : justification du domaine de réflexion

Notre démarche suppose évidemment la foi en un Dieu Créateur de tout ce qui existe, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Mais les résultats de cette approche montreront que ce présupposé, loin d’être un obstacle, peut contribuer au contraire positivement à une compréhension commune de la dignité de la personne humaine. Elle permet, en effet, de prendre du recul et de reconsidérer ce qu’est la personne humaine, au-delà ou en-deçà de ce que nous en percevons immédiatement dans l’expérience quotidienne. En premier lieu, resituée dans un projet global, on perçoit mieux que la dignité de la personne humaine concerne non seulement sa relation avec ses semblables, mais encore avec son Créateur, avec soi-même, avec les autres créatures et finalement avec la terre elle-même. Il apparaît dès lors que la question de la dignité humaine doit aussi envisager ce qui précède le corps humain et ce qui adviendra après sa disparition. Si l’on considère que l’enseignement de Jésus consigné dans le Nouveau Testament et enseigné par l’Eglise est réservé aux seuls chrétiens, on doit admettre qu’il constitue aussi un guide éthique pour tout être humain. En effet, dès le moment de la création, le Verbe de Dieu s’adresse aux êtres humains pour leur faire part de son projet concernant l’univers et du rôle qu’ils ont à y tenir (cf. He 1,1). La deuxième partie de cet article explicitera ces données, mais réfléchissons d’abord sur l’identité commune de l’homme.

I.2. L’homme, être créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance

L’enseignement biblique présente l’homme comme un être créé à l’image du Créateur et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27) et en même temps comme la dernière œuvre de Dieu (cf. Gn 1,28). Toutes les autres créatures paraissent ainsi avoir été créées au bénéfice de l’être humain (cf. Gn 1,29). Cette vision est développée et confirmée dans le deuxième récit de la création où, d’étape en étape, l’homme reconnaît et accepte l’existence d’un autre être humain qui vient de lui tout en étant différent de lui et que le Créateur lui donne pour contribuer à sa propre réalisation (cf. Gn 2,7-25). En dépit des variantes, ces deux récits font donc preuve d’une certaine unité dans la conception des origines de l’être humain. Ces différences s’expliquent, on le sait, par le fait que ces deux textes proviennent de deux sources différentes (cf. Raharivelo, 2019, 17-20 ; Debergé & Nieuvriats, 2004, 127-128), mais aussi que leurs auteurs ont sans doute emprunté certains éléments à des mythes extrabibliques (cf. Grappe, 2009).

A la différence de certains mythes extrabibliques, comme celui d’Enuma Eliš1 qui rapporte la création de l’univers par le dieu babylonien Marduk (cf. Masetti-Rouault, 2019), mais aussi celui d’Ishtar et de Tammouz que l’on mimait souvent au cours des célébrations du nouvel an pour assurer au pays une année féconde2, nos deux récits bibliques ne parlent ni de mariage, ni de combats entre divinités, telle Ishtar, la maîtresse du sol et de la végétation et Tammouz, le dieu-berger. On peut cependant penser que le deuxième récit (Gn 2) s’est inspiré du mythe d’Atrahasis, puisque l’homme y est, là aussi, constitué à partir d’argile rendue malléable par le sang du dieu Wê-ilu, immolé à cet effet (cf. Glassner, 2006)3. De même, l’être humain y reçoit le souffle de vie insufflé de la déesse-mère : ‘Bêlet- îlî (la déesse matrice). Il existe ainsi en l’homme un élément immortel, l’esprit (Etemmu), qui survit à la mort corporelle (Ibid., 21). Un trait que l’on retrouve en Gn 2,7, puisque Adam, l’argileux, n’est appelé « être vivant » qu’après avoir reçu le souffle de Dieu. Mais, les récits bibliques se distinguent encore de ces deux mythes par le fait qu’ils évoquent le désir de Dieu Créateur de partager sa vie avec les humains. En effet, en les créant homme et femme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,26-27), il leur a donné le pouvoir de régner sur toutes les créatures (cf. Gn 1,28b ; 2,18-20), d’être féconds et de remplir la terre (cf. Gn 1,28a). En d’autres termes, il les maintient dans l’existence et leur communique le savoir dont ils ont besoin pour vivre (cf. Gn 2,17). On pourrait dire que, d’une certaine façon, Dieu se met au service des humains (cf. Gn 2,18-25). Mais en même temps, le Créateur confie à l’homme, pour son bien, une part de responsabilité dans la mise en œuvre de son projet.

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II. Cultiver le sol et régner sur les créatures comme objectifs de la création de l’être humain

Un point majeur sur lequel les deux récits de la création de la Genèse se distinguent des récits extrabibliques est celui du but que se fixe le Créateur quand il crée l’être humain.

II.1. Les êtres humains au service des dieux dans les mythes extrabibliques

Le mythe de l’Enuma Eliš, basé sur une rivalité entre divinités, laisse entendre que la création de l’homme fait partie d’un rituel divin pour expier leurs propres péchés. Aucune précision n’est donnée sur ces fautes, mais on peut penser à l’assassinat d’Apsû par le dieu Ea qui craignait pour sa propre vie4. Depuis cet évènement, en effet, aucun dieu ne peut éradiquer la mort dans le monde. Pour surmonter cette fatalité qui pèse sur eux, les dieux devaient trouver un bouc émissaire, Kingu, un dieu babylonien. En effet, dans la guerre qu’il mène pour venger son père, Apsu, Kingu est vaincu par Marduk et mis à mort. Or, c’est avec son sang qu’Ea, une grande divinité du Proche Orient ancien (connu sous le nom d’Enki dans les textes sumériens) a créé l’humanité. La création de l’humanité a donc pour but de délivrer les dieux de la fatalité de la mort en la transmettant à l’homme (cf. Labat, 1935, 27).

Dans le mythe d’Atrahasis la création des humains vise également le bien-être des différents groupes de dieux. Il existe, en effet, deux groupes de divinités : les Anunnaki, censés gouverner le monde et les Igigi, les dieux qui travaillent. Ces derniers, vivant sur la terre, étaient chargés de pourvoir aux besoins matériels des Anunnaki, groupe de dieux supérieurs, vivant dans le ciel et dans l’eau, sous l’autorité d’Enlil, leur chef suprême. Il arriva un jour que les dieux « Iggi », astreints à un travail pénible, se révoltèrent contre les Anunnaki. Ils décidèrent de jeter leurs outils et de cesser le travail. La famine menaçant (cf. Glassner, 2006), les dieux résolurent de créer des êtres mortels pour remplacer les dieux rebelles. ‘Bêlet- îlî, déesse-matrice, également connue sous les noms de Nintu et Mammi, reçut mission de créer les premiers êtres humains : sept hommes et sept femmes, ces dernières permettant la procréation des êtres humains (cf. Bottero & Kramer, 1993, 604). Ces sept couples humains ayant produit une population jugée trop nombreuse, parce qu’elle troublait sa sérénité, le dieu Enlil provoqua un déluge pour en diminuer le nombre (cf. Glassner, 2006, 13-23). Seule la famille d’Atrahasis put en réchapper, grâce aux avertissements d’Enki qui leur permit de construire un bateau pour sa famille et ses animaux (cf. Dalley, 1991, 16-17). Le récit du déluge et de Noé au chapitre huit du livre de la Genèse s’en fait écho. Dans ce mythe babylonien, l’objectif de la création de l’homme est donc de suppléer aux dieux « ouvriers » qui se sont rebellés. Si tel est le but de la création des êtres humains dans les mythes babyloniens, dans les récits de la création de la Genèse, les buts de la création des hommes visent le développement de la terre et l’exercice d’une autorité sur les autres créatures. C’est ce qui permet à l’homme de vivre en image et ressemblance de Dieu.

II.2. Cultiver le sol et régner sur les créatures, projet de Dieu pour l’homme dans les deux récits de la Genèse

Le premier récit indique que le projet de Dieu est de créer l’homme à son image et à sa ressemblance, mais précise « mâle et femelle il les créa » (Gn 1,27). Cet énoncé laisse entendre que Dieu a créé d’abord l’être humain à son image, sans lui donner encore sa ressemblance ; c’est pourquoi « l’humanité devra, par un «faire» prolongeant l’agir «Créateur», devenir ressemblante à l’image qu’elle porte en elle » (Wenin, 2014, 65). L’acquisition de cette ressemblance passe par l’accomplissement de la mission que Dieu a confiée à l’homme : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre » (Gn 1,28). Soulignons ici que pour se réaliser lui-même et pour ressembler à son Créateur, l’homme a une tâche à assumer vis-à-vis de lui-même, mais aussi vis-à-vis de la terre et des autres créatures. Mais, par ailleurs, il ne faut pas comprendre l’expression « à l’image de Dieu » comme signifiant une égalité de l’homme à Dieu. L’homme n’est pas Dieu, mais il doit le représenter ou encore le révéler. C’est en assumant sa place et son rôle au sein de la création qu’il est image de Dieu et sa ressemblance. La pleine réalisation de l’homme suppose donc son interaction avec les autres créatures et c’est pourquoi sa création comme mâle et femelle clôt l’œuvre créatrice de Dieu (Gn 1,27-28). Le deuxième récit de la création de l’homme et de la femme ne fait que confirmer cette représentation. Il montre, en effet, que les êtres humains sont censés être en communion et œuvrer pour la réalisation de l’un et de l’autre. Il a donc fallu que Dieu crée le féminin d’ʼādām pour que celui-ci devienne un être humain (cf. Raharivelo, ٢٠١٩, ١٤٧-١٤٩). On voit comment le deuxième récit de la création confirme et développe l’énoncé de Gn 1,27 selon lequel Dieu a créé l’être humain appelé «mâle» (zākār) et «femelle» (neqēbhāh). Il s’agit d’êtres vivants qui peuvent avoir le genre masculin ou féminin. Ces deux genres sont non seulement nettement distingués dans le deuxième récit (Gn 2,4b-25), mais encore présentés comme complémentaires et égaux. Le choix du vocabulaire est, ici encore, significatif, puisque l’auteur a choisi les termes d’«’ishshāh », c’est-à-dire femme, et d’ «îsh », simple équivalent masculin de «’ishshāh ». L’homme entre donc en humanité avec l’apparition de la femme qui est en relation directe avec lui.

En plaçant l’homme au centre de l’écosystème, les deux récits de la Genèse soulignent la grande responsabilité de l’homme par rapport à ses semblables (cf. Gn 2,21-25), par rapport aux autres créatures non-humaines (cf. Gn 1,28-30 ; 2,20) et par rapport à son milieu de vie (cf. Gn 1,28 ; 2,5). L’adhésion de l’homme au projet Créateur de Dieu lui permettra d’œuvrer pour l’équilibre de son écosystème et de jouir ainsi de sa dignité. D’où la nécessité de parler maintenant de l’équilibre de l’écosystème du jardin d’Eden. Cet équilibre est le fruit de l’obéissance de l’homme à la parole du Créateur.

II.3. L’obéissance de l’homme à la parole du Créateur comme révélation de sa dignité et source d’équilibre pour l’écosystème du jardin d’Eden.

Les deux récits de la Genèse montrent que Dieu n’a pas seulement donné à l’homme la nourriture, la terre, une mission spécifique, mais qu’il lui a aussi donné sa loi. Outre le commandement de se multiplier et de régner sur les créatures, le texte ajoute : « Le Seigneur Dieu prescrivit à l’homme : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir » » (Gn 2,16-17). Le don de cette loi, juste après la création de l’homme, a pour but de lui indiquer comment vivre selon le projet de Dieu et de demeurer en communion avec lui : « Cette loi divine est (vue comme) une réalité antérieure au péché et quelque chose d’essentiel dans l’existence humaine » (cf. Titus, 2015, 93). Le don de la loi doit être ici compris comme le pouvoir que Dieu donne à l’homme d’exercer sa liberté. En effet, cette loi qui porte sur la vie et la mort (cf. Gn 2,16-17) invite l’homme à exercer son discernement avant de prendre une décision et d’agir ainsi de façon responsable, en particulier dans son rapport aux autres créatures. Il s’agit d’empêcher un usage abusif de son pouvoir sur les créatures, en veillant au contraire à ce qu’elles puissent assumer également leur rôle par rapport aux êtres humains. Cette interaction entre les êtres humains avec les autres créatures permet d’équilibrer l’écosystème de la société où vivent les hommes. Un équilibre indispensable à l’épanouissement de tous les êtres vivants. Cette loi est donc la source même de la vie des hommes, car elle régule le comportement de l’humain en toutes ses relations. Lorsque le comportement des humains s’aligne sur le projet du Créateur, il leur donne la capacité d’agir pour le bien de la Terre et de tout ce qu’elle abrite (cf. Gn 1,28). Il y a donc une réciprocité responsable entre l’être humain et la terre et tout ce qu’elle contient (cf. François, 2015, n°66).

Avant leur chute, les premiers êtres humains avaient obéi aux commandements du Créateur, ce qui leur permettait de vivre en harmonie avec leur véritable nature. En effet, Adam et Ève, avant de tomber dans le péché, étaient nus sans éprouver de honte l’un envers l’autre (cf. Gn 2,25), car ils étaient en accord avec leur être. A l’inverse, après avoir commis le péché, ils éprouvent honte et peur, en raison de leur nudité, car ils sont sortis du projet de Dieu (cf. Gn 3,10). La fidélité des premiers êtres humains à la parole du Créateur leur a permis de maintenir l’équilibre de l’écosystème tout en menant une vie digne. Cet équilibre de l’écosystème du jardin d’Eden résulte de leur comportement en accord avec le projet du Créateur. Tout en étant en relation avec leur Créateur, ils entretiennent également des liens entre eux et avec d’autres créatures. Car, un écosystème bien équilibré suppose que les êtres vivants qui y cohabitent soient dans une interaction de type mutualiste, où chaque symbiote bénéficie de la présence de l’autre. Avant la création de l’être humain, avons-nous dit, Dieu Créateur a donné l’existence aux autres créatures non humaines. Ces dernières étaient dans l’état que le Créateur souhaitait pour chacune d’elles (cf. Gn 1,7.9.11.15.24). Le narrateur, qui est omniscient, prend en effet soin de dire au lecteur de ce premier récit que Dieu a trouvé bon ce qu’il avait fait (cf. Gn 1,4.10.18.25). Néanmoins, c’est après la création de l’être humain que tout parvient à sa perfection. En affirmant en Gn 1,31 : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour », le narrateur laisse entendre qu’après la création de l’être humain, mâle et femelle, le jardin d’Eden et tout ce qu’il contient sont conformes au projet de leur Créateur. Ces paroles « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon » ont en effet pour but d’exprimer la pensée de Dieu sur ses créatures. Elles soulignent de manière explicite que le Créateur est en phase parfaite avec tout ce qu’il a créé et que son projet s’exécute parfaitement dans l’existence de toutes ses créatures. On peut donc dire que le jardin d’Eden représente un écosystème où chaque espèce vit selon ce qu’elle est dans son rapport à son Créateur, dans son rapport à elle-même et dans son rapport aux autres. Cet épanouissement de chaque espèce dans son milieu de vie peut signifier l’équilibre de cet écosystème. Certes, l’écosystème évolue et cette évolution peut entraîner une modification de certaines espèces qui s’y trouvent. Si en effet une espèce est affectée, c’est-à-dire, ne peut plus vivre selon ce qu’elle est, cette situation peut entraîner des effets nuisibles pour d’autres espèces qui sont en interaction avec elle par une réaction en chaîne. Ainsi l’écosystème peut-il être bouleversé. Comme le montre l’écosystème du jardin d’Eden, tout écosystème dépend du comportement de l’être humain, de sa conformité ou non à la volonté du Créateur. Il est, en effet, la seule créature qui ait été créée à l’image et à la ressemblance de Dieu et qui ait reçu une mission vis-à-vis de son milieu de vie et des autres créatures : se multiplier par la reproduction sexuée en vue du bien de la terre (cf. Gn 2,5) et jouer son rôle en faveur du maintien des autres créatures dans leur propre état (cf. Gn 1,28-30). Cette mission qu’il exercera sur lui-même et sur les autres créatures (cf. Gn 1,28-30) lui permettra de maintenir l’équilibre de son écosystème. Ayant accepté leur différence les premiers êtres humains parviennent à vivre en communion (cf. Gn 2,24) et à œuvrer pour leur bien et celui des autres créatures. Ainsi peuvent-ils mettre en œuvre la parole du Créateur les invitant à dominer les autres créatures et à régner sur elles (cf. Gn 1,27-30), c’est-à-dire à maintenir les créatures dans le projet divin. En assumant cette mission, l’être humain acquiert pleinement son état et sa dignité d’image de Dieu, créée à sa ressemblance. De cette façon, il accomplit ses activités, exerce son intelligence et son savoir-faire en vue du bien de toutes les autres créatures. Il se distingue donc, selon le projet du Créateur, comme une créature, première responsable de l’équilibre de l’écosystème qu’il partage avec ses semblables et les autres existants. Certes, chaque être humain est unique, distinct de ses semblables, mais il leur est aussi égal et est appelé à exercer avec eux la mission confiée à l’espèce humaine (cf. Gn 1,28). En ce sens, tous les êtres humains sont censés être en communion de vie et d’action, pour permettre à toutes les créatures d’être, à leur tour, en interaction entre elles et avec la terre, leur milieu de vie. La relation de l’homme à Dieu, qui se traduit dans l’obéissance à sa parole, constitue ainsi le fondement de sa relation et de ses activités envers son prochain, envers les autres créatures et envers la terre.

Il en résulte, en effet, que l’homme a également pour mission de sauvegarder la terre (cf. Gn 2,5). Elle est la maison commune de toutes les créatures. Si ces dernières ont besoin de la terre pour exister, celle-ci a aussi besoin de leur existence pour demeurer leur milieu de vie (cf. Gn 1,27-30). L’étude de l’écosystème-type qu’est le Jardin d’Eden permet de dire que l’équilibre de cet écosystème (cf. Gn 1,31) était le résultat de l’interaction entre les êtres vivants qui y cohabitaient et avec la terre, jusqu’à ce que les êtres humains rompent leur relation avec le Créateur par désobéissance à sa parole. Quand elle est bien gérée, la terre peut produire non seulement ce dont les hommes ont besoin, mais encore ce que réclament les autres créatures pour vivre (cf. Gn 1,30). Les êtres humains ont en effet besoin des autres vivants pour s’épanouir et se réaliser. Les récits bibliques de la création montrent en ce sens comment les arbres et les plantes, c’est-à-dire les végétaux, ont été créés pour le bien de l’homme (cf. Gn 1,29 ; 2,16). Dans son rapport, la FAO (Agence de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) rappelle, d’ailleurs, que « les végétaux ne servent pas uniquement à décorer les rebords de nos fenêtres ; ils fournissent 98% de l’air que nous respirons et 80% des aliments que nous consommons » (Bizzarri, 2020). L’idée selon laquelle les végétaux sont à la base de la chaîne alimentaire est donc déjà bien présente dans les récits bibliques de la création. En effet, dès les origines, le Créateur de l’univers a prévu de donner les végétaux en nourriture aux humains pour assurer leur maintien dans l’existence. Ainsi, pour son bien et celui des autres créatures l’homme doit-il travailler la terre, la cultiver et exercer ainsi sur elle et sur les autres créatures une certaine maîtrise. L’homme a donc d’abord le devoir de connaître ces créatures, afin de subvenir à ses propres besoins, mais aussi de prendre soin d’elles. Ce faisant, l’homme se distingue des autres créatures et exerce sur elles sa suprématie. Néanmoins, cette supériorité est, là encore, à comprendre comme une responsabilité qui s’apparente à celle que Dieu exerce sur ses œuvres. Si la responsabilité de Dieu découle de son amour pour ses créatures, l’homme doit à son tour user du même amour dans sa relation avec les autres créatures afin d’exercer pleinement son rôle et sa responsabilité.

Le non-respect de la place de l’homme au sein de la création ou son incapacité à y assumer sa responsabilité déséquilibre, en effet, sa relation avec les autres créatures et avec la terre, milieu de vie de tous les êtres vivants. L’incapacité de l’homme à prendre ses responsabilités envers ses semblables et envers les autres créatures résulte de sa désobéissance à la volonté du Créateur. La lecture du récit de la chute des premiers êtres humains en Gn 3 développe cette idée, car elle montre que la désobéissance à la parole du Créateur est à l’origine de la crise écologique qui a frappé le jardin d’Éden. Cette situation a terni la dignité de l’homme, car il a échoué à assumer son rôle d’être créé à l’image de Dieu, chargé de veiller et de protéger les autres créatures.

II.4. La désobéissance à la Parole du Créateur : Origine de la crise écologique du jardin d’Éden et atteinte à la dignité des premiers êtres humains

Avant le péché d’Adam et d’Eve, le Jardin d’Eden constituait un écosystème équilibré où les êtres vivants étaient en interaction entre eux et avec la terre. Chaque être pouvait s’y épanouir et vivre selon le projet du Créateur. Dieu vit en effet que « tout était bon » (cf. Gn 1,1–2,4a). Cet équilibre de l’écosystème se manifeste dans ce fait que l’homme peut jouir de la place qu’il y occupe comme être créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance (cf. Gn 1,26-27). Conformément au projet du Créateur, il peut régner sur toutes les créatures, c’est-à-dire, faire perdurer l’existence de chacune5. Mais le Créateur lui donne l’ordre de ne pas manger des fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (cf. Gn 2,17 ; 3,3). Cette recommandation vise, entre autres, à développer en l’homme la maîtrise de soi dans sa relation aux autres créatures. Bien qu’il ait le pouvoir de régner sur la terre et sur tout ce qui y existe, son comportement vis-à-vis des autres créatures doit être conforme à la volonté du Créateur. Sa capacité à maintenir cet ordre est ainsi directement mise en relation avec son obéissance à la parole du Créateur. La désobéissance à cette parole entraîne au contraire la destruction de la relation de l’homme à son Créateur. Effectivement, après avoir mangé les fruits de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, les premiers êtres vivants se sont éloignés de Dieu (cf. Gn 3,7-10) et ont rompu leur relation avec Lui. Certes, le chapitre 3 de la Genèse laisse entendre que la désobéissance des premiers hommes à la parole de Dieu était l’œuvre du Serpent, mais une lecture approfondie permet de montrer que cette désobéissance trahit leur difficulté à observer la parole de Dieu et à réaliser ainsi ce qu’ils doivent être. Par leur nature, les êtres humains sont en effet censés pouvoir se distinguer des autres créatures, jouir de leur supériorité par rapport à elles et leur rendre ainsi service tout en bénéficiant de leur existence. Or, les premiers êtres humains auraient pu vivre entrer dans le projet du Créateur et déjouer la tentation du Serpent s’ils avaient adhéré à la Parole de Dieu. Ils étaient en effet censés maîtriser le Serpent, c’est-à-dire, lui permettre d’exister et de contribuer à l’épanouissement des êtres humains. Mais, insatisfaits de leur statut et voulant être comme Dieu, les premiers êtres humains ont délaissé la Parole du Créateur pour céder à la tentation du Serpent : « Vraiment ! Dieu vous a dit : «Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin». […] Non, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais» » (Gn 3,1b-5).
C’est ainsi que s’est dégradée la relation de l’homme à Dieu, ce qui a également affecté sa relation aux autres créatures qui sont nécessaires à sa survie.

En effet, après avoir désobéi à la volonté de Dieu, les premiers êtres humains se sont cachés loin de Dieu. Le texte laisse entendre que l’initiative d’abandonner Dieu est venue des humains, tandis que Lui-même continuait à les chercher et à les aimer (cf. Gn 3,9). Or, la faute qu’ils ont commise ne les éloigne pas seulement de Dieu, mais détériore également leurs relations interpersonnelles. En premier lieu, la désobéissance à la parole de Dieu atteint la relation de l’homme à soi-même. Il n’arrive plus à vivre selon ce qu’il est. En effet, avant le péché, les deux premiers humains étaient nus, mais n’avaient pas honte l’un devant l’autre (cf. Gn 2,25), car ils vivaient en fonction de place dans le projet de Dieu. A l’inverse, après avoir commis le péché, ils éprouvent honte et peur, en raison de leur nudité, car ils sont sortis du projet de Dieu (cf. Gn 3,10). En second lieu, c’est la relation entre les humains eux-mêmes qui est atteinte. Adam, qui avait apprécié la présence de la femme, l’accuse maintenant d’être la cause de sa chute : « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé » (Gn 3,12). Effectivement, selon le récit de la chute, c’est la femme qui a d’abord été tentée par le serpent. Ayant cédé à cette tentation, elle n’arrive plus à jouer son rôle vis-à-vis de son mari, alors qu’avant la chute la présence de la femme permettait à Adam de s’exprimer et de vivre pleinement en humain (cf. Gn 2,23). Par ailleurs, la manière dont Adam traite sa femme révèle bien que lorsqu’ils s’écartent de la volonté de Dieu, les hommes s’exposent toujours à la discorde. En outre, la dégradation de leur relation avec Dieu, qui se manifeste par leur manque de dialogue et de collaboration, ne leur a pas permis de surmonter la tentation du serpent. Ainsi, au lieu de permettre à l’être humain de s’épanouir, ce dernier est devenu la cause de sa chute et son ennemi (cf. Gn 3,15). Si les premiers êtres humains avaient su garder la parole de Dieu, ils seraient demeurés ce qu’ils étaient et auraient aidé le serpent à se comporter comme il le devait. Après la chute des premiers humains, le serpent ne peut plus vivre comme auparavant : « Le Seigneur Dieu dit au serpent : «Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie» […] » (cf. Gn 3,14-15).

De même, à cause de leur désobéissance, la relation des êtres humains avec la nature s’est, elle aussi, détériorée. En effet, au lieu de permettre à la terre d’assurer sa mission en faveur des êtres vivants, le péché des humains empêche la terre de produire les fruits dont les êtres vivants ont besoin pour continuer à vivre : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs » (Gn 3,17-18). C’est parce que l’homme n’a pas su garder la place que le Créateur lui avait assignée que l’écosystème de l’Eden est entré dans une crise qui n’affecte pas seulement les relations actuelles de l’être humain avec les autres créatures, mais encore celles des générations futures. Effectivement, la désobéissance à la parole de Dieu a entraîné les futures générations dans le péché. L’histoire de Caïn et d’Abel en est une illustration. Jaloux de son frère Abel, Caïn laisse la haine contre son frère l’emporter et finit par le tuer (Gn 4,8) (cf. François, 2015, n°70). Lorsque l’homme ne tient plus compte de la parole de Dieu, il rompt sa relation avec lui et avec ses semblables. Ainsi, il porte atteinte à sa dignité d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour retrouver sa dignité, l’homme doit entretenir sa relation avec le Créateur. Cette relation avec le Créateur est à la base de toutes ses interactions avec les autres êtres vivants et avec la terre. Toutefois, cette relation ne peut s’établir pleinement qu’à travers Jésus, son Verbe incarné. En effet, c’est uniquement par Jésus que l’homme peut être en communion avec Dieu : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6), déclare Jésus. Il est indéniable que pour vivre dignement, l’homme doit s’inspirer du mode de vie des premiers êtres humains avant leur chute. Toutefois, il ne s’agit pas de retourner à l’écosystème du jardin d’Éden, car aucun écosystème n’est immuable ; il est destiné à évoluer pour le bien-être de tous les êtres vivants. Au fil du temps, il incombe à l’homme de contribuer à maintenir cet équilibre. En agissant ainsi, l’homme répond positivement à l’exigence de la parole du Créateur qui l’invite à se comporter de manière à œuvrer au bien de toutes les créatures. Mais comment les hommes qui n’ont jamais lu ni entendu la Bible peuvent-ils agir selon la parole du Créateur et jouir ainsi de leur dignité ? La deuxième partie de cet article répondra à cette question en avançant l’hypothèse selon laquelle l’écoute de la parole de Jésus leur permet de se comporter comme les premiers êtres humains avant leur chute.

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Partie II : Vivre la parole de Jésus : moyen pour l’homme d’être avec le Créateur, source de ses interactions avec les autres créatures et reflet de sa dignité.

Ce passage à la figure de Jésus, après avoir consacré plusieurs pages à l’analyse des récits de la création dans la Genèse semble interrompre le fil de la réflexion et peut sembler surprenant. Il n’en est pourtant rien, car Jésus, en tant qu’incarnation du Verbe de Dieu, est le seul à révéler pleinement la Parole divine. Il a lui-même déclaré que les paroles qu’il prononce ne viennent pas de lui, mais de Celui qui l’a envoyé (cf. Jn 14,24). Ainsi, l’accueil de la parole de Jésus confère à l’homme la possibilité de retrouver la position qu’occupaient les premiers êtres humains au sein de la création, avant leur chute, de s’engager en faveur de l’équilibre écosystémique de la société dans laquelle il évolue et de jouir ainsi de sa dignité.

La démarche que nous empruntons ici s’avère donc nécessaire, car elle montre que l’accueil de la parole de Jésus permet à l’homme de s’engager de manière concrète, par ses activités, à œuvrer pour le bien de la création. En effet, dans les deux récits de la création, en invitant l’homme à régner sur les créatures, le Créateur fait connaître de façon implicite les attitudes que devaient adopter les premiers êtres humains vis-à-vis des autres créatures pour jouir de sa dignité (cf. Gn 1,26-28).

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I. Vivre la parole de Jésus : principe de la communion de l’homme avec le Créateur

Certes, le constat de la dégradation de l’univers dans lequel l’homme évolue peut le conduire à œuvrer à l’équilibre de son écosystème, mais il s’y engagera pleinement s’il écoute la parole de Dieu et veut la mettre en pratique. Or, la Parole de Dieu n’est autre que le Logos, celui qui est intervenu dès la création de l’univers (cf. Jn 1,3). L’accueil de la parole de Jésus, le logos devenu chair, permet en effet aux hommes de retrouver l’attitude juste des premiers êtres humains avant qu’ils ne perdent leur dignité en raison de leur désobéissance à la parole du Créateur. Car, c’est par Jésus que l’homme peut retrouver la communion avec le Père (cf. Jn 14,6) et agir selon son identité propre, à l’image et à la ressemblance de son Créateur. Cette sous-partie commence par examiner la part du Logos dans l’œuvre créatrice de Dieu.

I.1. Jésus, le Logos, la parole créatrice incarnée

Le fait que l’adhésion à la parole de Jésus permet aux hommes de jouir de leur dignité suppose que ce même Jésus, le Fils de Dieu, entretienne avec tous les hommes une relation effective. Les récits bibliques sur la création ne manquent pas de souligner le rôle du Fils dans ce projet divin. En effet, c’est par le Fils, le Verbe de Dieu, que tout a été fait : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui » (Jn 1,3) et c’est en lui que toutes choses ont été créées (cf. Col 1,16). En effet, selon le premier récit (Gn 1,1-24a), c’est par sa parole que Dieu a tout fait exister. Or, cette parole n’est autre que le Verbe de Dieu, par qui et en qui toutes choses ont été créées. C’est cette participation du Fils à l’œuvre créatrice qui réunit, en premier lieu, les deux Testaments de la Bible chrétienne, pour souligner leur continuité et leur complémentarité, comme Dei Verbum l’a bien exprimé : « Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu «en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils» (He 1,1-2). Il a envoyé en effet son Fils, le Verbe éternel qui éclaire tous les hommes, pour qu’il demeurât parmi eux et leur fît connaître les profondeurs de Dieu » (DV, n°4).

Participant à la vie et au projet de Dieu pour l’humanité, avant même la création du monde (cf. Jn 17,24-25),
le Logos, le Fils de Dieu est en relation avec Dieu autant qu’avec l’humanité que Dieu va faire exister par lui (cf. Jn 1,3). C’est par lui que la révélation de Dieu et son salut peuvent parvenir aux hommes. Sans lui les hommes n’auraient pu bénéficier du projet de Dieu comme le confirme la suite de Jn 1,3 : « Rien de ce qui fut ne fut sans lui ». Puisque Jésus est le Logos devenu chair, son action et sa parole atteignent toute l’humanité. C’est le sens de Jn 1,9 où l’auteur affirme que le Logos est la vraie lumière venue en ce monde pour illuminer tous les hommes afin qu’ils aient accès à la révélation de Dieu et trouvent ainsi le salut.

La venue et l’action du Logos dans le monde s’insèrent donc dans le projet Créateur de Dieu qui s’accomplit pleinement dans la vie du Fils, l’Envoyé de Dieu. Mais cet accomplissement a été préparé par toute une série d’étapes par lesquelles Dieu s’est fait connaître. C’est ainsi que le Logos est déjà présent dans le monde dès les premiers instants de la Création, puisqu’elle est son œuvre et qu’il se révèle à travers elle. Contemplant la création, les hommes peuvent parvenir à la connaissance partielle de Dieu. Seul Jésus le révèle parfaitement (cf. Jn 1,18). Par Jésus, l’homme arrive donc à la connaissance du projet de Dieu pour lui. Ce projet, décrit par Jésus lui-même comme le salut de l’humanité (cf. Jn 3,16-17), ne peut être différent de celui du Créateur qui veut faire l’homme à son image et à sa ressemblance. En effet, en ne disant pas de quoi l’homme a besoin d’être sauvé : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour qu’il soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17, cf. 12,46-47) (cf. Raharivelo, 2018, 4-48). Jn 3,16-17 laisse entendre que c’est l’être-même de l’humanité qui a besoin de salut. Ce salut est donc présenté dans le quatrième évangile comme l’achèvement de la création. La création de l’homme ne consiste pas seulement à le faire apparaître sur la terre, mais aussi à lui permettre de réaliser pleinement sa condition d’être créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance (cf. Gn 1,26-28) (Cf. Ibid., 48). C’est pourquoi le Fils de Dieu, son Verbe, son Logos, se rend pleinement présent sur la terre par son incarnation en Jésus Christ pour illuminer les hommes. C’est par cette incarnation du Fils, son Verbe, que Dieu peut communiquer avec les hommes par un langage humain. Le Verbe de Dieu s’est donc incarné pour que les hommes puissent participer à son être et « pour manifester ainsi ce qu’un homme authentique est appelé à être selon le projet de Dieu » (Léon-Dufour, 1993, 116). C’est pourquoi, « l’incarnation vient couronner la création : «en créant, le Logos johannique met en mouvement une démarche qui débouche sur l’incarnation» » (Ibidem). En effet, comme l’accueil du Logos procure à l’homme « une véritable appartenance profonde à Dieu, un véritable salut vécu dans le présent, sans pour autant impliquer encore la plénitude de grâce […] après la venue en chair du Logos » (Ibid., 107), celui qui accueille Jésus Christ reçoit plus que celui qui accueille le Logos illuminateur, car en Jésus Christ la révélation de Dieu se formule d’une manière « intelligible » et ouvre « à tous l’accès à une communion définitive avec lui » (Ibid., 124). En fait, c’est seulement en Jésus Christ que les hommes reçoivent le don plénier de la vérité (Ibid., 129). Ainsi, peut-on dire que l’action du Logos dans le monde trouve sa source dans l’action de Jésus Christ, en tant que Fils de Dieu, envoyé pour le salut de l’humanité. Le quatrième évangile montre la profondeur sans égale de la vérité révélée par Jésus Christ (Léon-Dufour, 1993, 130), l’action du Verbe, du Logos ne peut pas se situer en dehors ou au-dessus de l’action de Jésus Christ, Fils de Dieu.

I.2. Accueil de la parole de Jésus : source de la communion des hommes avec le Créateur

Comme on l’a dit, l’homme a besoin de faire sienne la parole du Créateur pour demeurer dans son projet et être ainsi en communion avec lui. Verbe du Père, Jésus propose aux hommes cette parole pour qu’ils puissent entrer en communion avec le Père. Mais quelle est la parole de Jésus ?

I.2.1. La parole de Jésus

Le lecteur du quatrième Évangile peut constater que, lorsque Jésus emploie l’expression ὁ lo,goj mou (ma parole), il ne se réfère pas aux mots qu’il vient de prononcer, mais vraisemblablement à ce qu’il dit de sa personne et sa mission (cf. 5,24 ; 8,31.37.43.51.52 ; 12,48). De même, lorsque Jésus évoque la parole du Père ou de Dieu, il ne vise pas un discours particulier du Père ou de Dieu à un moment déterminé de l’histoire, mais l’ensemble de ses paroles (cf. par exemple : 5,38 ; 8,55 ; 10,35 ; 17,6). Ainsi, lorsque Jésus invite à garder sa parole (cf. Jn 8,51 ; 14,23 ; 15,20) ou celle du Père (cf. Jn 8,55c ; cf. 17,6), il fait allusion à l’ensemble des paroles, non à un discours particulier. L’évangéliste ou le narrateur utilise en revanche l’expression οἱ lo,goi mou (mes paroles) lorsqu’il fait allusion aux paroles que Jésus vient de dire (cf. 7,40 ; 10,19) (cf. Raharivelo, 2012), dans telle ou telle circonstance. Ces paroles tendent vers la parole, c’est-à-dire à l’ensemble de la révélation de Jésus qui permet à celui qui la reçoit d’être en communion avec Dieu.

Tout ce que les disciples entendent lorsque Jésus parle, n’est cependant pas de lui, mais du Père qui l’a envoyé. Jésus se présente ainsi comme le vrai Envoyé du Père qui ne prononce d’autres paroles que celles du Père ou celles que le Père lui a ordonné de dire (cf. 12,49-50). Accueillir et garder cette parole, c’est accueillir et garder la parole même du Père.

I.2.2. La conséquence de l’accueil de la parole de Jésus, la communion avec le Père et avec lui.

La communion des disciples avec le Père et avec Jésus est présentée dans le quatrième évangile comme le fruit de leur accueil de la parole de Jésus (cf. Jn 14,24).

En effet, selon Jn 14,24 celui qui aime Jésus ne garde pas seulement sa parole, mais aussi celle du Père, ce qui rend possible la présence permanente en lui de Jésus et du Père.

Jésus met l’accent sur la venue conjointe du Père et de lui-même en celui qui l’aime. Pour être en relation permanente avec le Fils et avec le Père, l’homme a besoin d’observer constamment la parole de Dieu. Par sa vie, ses paroles et son être même, le Fils propose aux hommes ce qui leur est nécessaire, pour qu’ils puissent bénéficier du projet Créateur de Dieu. Certes, avant l’incarnation du Logos en Jésus Christ, les hommes ont pu devenir enfants de Dieu par l’accueil du Logos non incarné (cf. Jn 1,12), mais c’est seulement par l’incarnation du Logos qu’ils peuvent vraiment le reconnaître comme Fils, Envoyé de Dieu (cf. Jn 1,14) (Cf. Léon-Dufour, 1993, 121)6, et participer ainsi vraiment à la vie divine. Avant l’incarnation du Logos personne n’a pu accueillir et transmettre parfaitement la Parole de Dieu.

En effet, avant son incarnation, sagesse qui enseigne tout homme en lui révélant le mystère de Dieu et sa volonté (cf. Dt 34,9 ; 1R 3,11), le Logos Créateur (cf. Jn 1,3) est présent à toute sa création. Il est présent dans l’homme et l’illumine, pour qu’il puisse connaître le projet de Dieu sur lui (Cf. Saint Justin, 2 Apiol. 8,1 ; 10,28 ; 31,2) et en bénéficier. En suivant et en écoutant sa conscience, l’homme peut connaître et faire ce qui est bien. En créant l’homme par le Logos, Dieu lui donne ce Logos. Sa présence illuminatrice permet à l’homme de se conformer à la volonté et au projet de Dieu sur lui. Cependant, cela ne va pas de soi, car l’homme ne peut connaître et faire la volonté du Père qu’en fonction de son adhésion au Logos. L’homme contient une semence du Verbe, mais il est doté de liberté et ainsi contraint tout au long de sa vie à choisir entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres (cf. Jn 1,5 ; 3,19-21). Ecouter sa conscience ne lui suffit pas pour connaître et faire la volonté de Dieu, car la présence du mal l’empêche d’adhérer vraiment au Logos7. Ainsi non seulement le Verbe sème-t-il en chaque homme sa semence, mais il s’adresse aussi à lui par le truchement de toutes créatures.

Dieu a choisi des sages, des prophètes, à travers lesquels le Logos fait savoir à l’homme ce qu’il doit faire pour entrer dans le projet de Dieu (cf. Dt 34,9). Cependant, c’est seulement en Jésus, l’incarnation du Logos, que l’homme peut connaître vraiment ce projet. La vie des prophètes et des rois montre bien qu’ils ne sont pas toujours fidèles à la volonté du Père, par exemple Moïse (Nb 20,7-13) ou David (2S 11,1-15). De ce fait, ils ne peuvent transmettre parfaitement aux hommes et d’une manière constante la volonté du Père (cf. Raharivelo, 2018, 86). En Jésus Christ, en revanche, la volonté et le projet du Père sont révélés d’une manière parfaite. En effet, le Logos du Père s’est incarné parfaitement en Jésus. Par lui, Dieu qui s’est adressé aux hommes à travers toutes ses œuvres (cf. Jn 1,2-3), s’adresse à l’humanité selon le langage humain (cf. Jn 1,14-18). Durant sa vie publique, le Logos incarné reste toujours uni à Dieu, il se conduit parfaitement selon la volonté du Père qui l’a envoyé (cf. Jn 4,34, 5,19.30 ; 6,37-39),
et il peut aussi transmettre parfaitement aux hommes la volonté de Dieu. Ainsi il fait sien le projet auquel Dieu l’a fait participer dès avant la création du monde (cf. Jn 1,1 ; 17,5.24.26).

La parole de Dieu prononcée par Jésus, à laquelle les disciples sont invités à demeurer pour participer à la vie de Dieu, constitue en effet le dessein même de Dieu : son être même de Père par rapport aux hommes, c’est-à-dire son projet salvifique pour l’humanité. Cette révélation du dessein du Père par Jésus se réalise par sa vie, ses paroles, ses commandements. Ce sont les paroles, les commandements qu’il a reçus du Père, pour qu’il les donne aux hommes afin que ceux-ci puissent vivre la vie de Dieu. En effet, Jésus, le Fils, n’a fait que la volonté du Père et n’a dit que ce qu’il a entendu du Père (cf. Jn 12,49-50).

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II. Vivre la parole du Père telle qu’annoncée par Jésus : source des interactions entre les êtres humains et avec d’autres êtres vivants, reflétant leur dignité.

Dans le quatrième évangile, garder la parole de Jésus et observer ses commandements, c’est donner la preuve que l’on aime Jésus et entrer par là-même dans la communion avec le Père. Certes, ces deux expressions ne sont pas synonymes, car la parole de Jésus, c’est l’ensemble de sa révélation. Mais garder le commandement de Jésus suppose d’abord qu’on accueille sa parole. Autrement dit, garder la parole de Jésus signifie qu’on met en œuvre son commandement d’amour mutuel.

II.1. Vivre le commandement d’amour mutuel : preuve de l’accueil de la parole de Jésus

Ce commandement d’amour mutuel (cf. Jn 13,34 ; 15,12) est nouveau (Jn 13,34), car son contenu est fondé sur l’amour de Jésus pour ses disciples, amour qui a son fondement dans l’amour du Père pour son Fils. En exhortant les disciples à vivre entre eux ce commandement d’amour mutuel, Jésus les invite à entrer dans l’amour du Père et dans son amour. En s’aimant les uns les autres, les disciples sont les amis de Jésus qui reçoivent le don de sa vie (cf. Jn 15,13) et de sa révélation (cf. Jn 15,15).

Pratiquer le commandement d’amour mutuel de Jésus, comme pratiquer ses commandements et ses paroles, garder sa Parole, c’est-à-dire vivre selon sa révélation, permet de participer à la communion de Jésus et du Père (Jn 14,23), c’est-à-dire d’avoir la vie éternelle (3,16). Toutes ces attitudes sont celles de ceux qui aiment Jésus. Certes, elles se distinguent les unes des autres, mais elles tendent vers un seul but : la participation de celui qui aime Jésus à sa vie et à celle du Père (14,23).

Lorsque les disciples vivent ce commandement d’amour mutuel, l’amour dont le Père a aimé Jésus circule aussi entre eux. C’est ainsi qu’ils demeurent en Jésus et que Jésus continue à se révéler à ceux qui ne sont pas encore disciples, en tant que Fils, l’Envoyé de Dieu. C’est la raison pour laquelle ce commandement de l’amour mutuel est donné seulement aux disciples, c’est-à-dire à ceux qui ont déjà reçu la révélation de Jésus. Ceux-là en effet, par leur amour mutuel, ont mission de promouvoir cet amour mutuel (cf. Raharivelo, 2012, 74). L’Évangile ne présente pas le commandement nouveau comme étant l’un «des» commandements de Jésus. Les «commandements» (au pluriel), ce sont toutes les recommandations et les invitations adressées par Jésus aux disciples, comme une préparation à ce que, seul, leur procurera l’observation du commandement de l’amour : la communion avec Dieu.

Ce commandement ne saurait être considéré comme l’un «des» commandements de Jésus (au pluriel), mais il les suppose. Car vivre ce commandement d’amour n’est possible que si les disciples adhèrent à la parole de Jésus. Inversement, celui qui aime Jésus gardera sa parole, c’est-à-dire, l’ensemble de toute sa révélation pour le salut du monde. Celui-là croit réellement que Jésus, est le Fils, l’Envoyé de Dieu (cf. Jn 3,16 ; 12,46). S’il garde cette révélation, c’est-à-dire, la met en pratique, il sera habité par la présence permanente du Père et de Jésus.

Celui-ci n’est plus serviteur, mais ami de Jésus et reçoit le don de sa vie (cf. Jn 15,13-14). Il est disciple, élu, il connaît ce que Jésus a entendu du Père et reste en communion avec lui (cf. Jn 15,15). C’est pourquoi il produit du fruit (cf. Jn 15,5.16), perçoit le sens profond de la révélation et, par sa communion avec lui, amène d’autres personnes à le connaître (cf. Jn 13,35 ; 15,16). Les hommes sont donc invités à aimer à la manière de Jésus pour retrouver leur dignité.

II.2. Aimer à la manière de Jésus, c’est retrouver sa dignité de personne humaine

L’amour de Dieu pour les créatures se manifeste concrètement dans la vie de Jésus, son Verbe fait chair, envoyé pour sauver le monde (cf. Jn 3,16-17). Ainsi, l’accueil de la parole de Jésus, qui s’exprime par l’amour mutuel entre les hommes, leur permet-il d’être en communion, d’une part, avec Dieu Trinité (Jn 14,16-17.21-23) et, d’autre part, entre eux (cf. Jn 17,21-23). L’amour que l’homme a pour Dieu et pour ses semblables lui permet de respecter aussi la dignité de ses semblables, car ils cherchent ensemble à apporter leur contribution à la sauvegarde de la planète, condition essentielle et primordiale de l’épanouissement de l’humanité. Quand il fait le contraire, l’homme bafoue sa dignité et celle des autres.

II.2.1. Aimer à la manière du Christ pour incarner la dignité humaine

L’enseignement de Jésus peut, nous l’avons vu, se résumer en cet appel : « Aimez-vous les uns et les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). C’est en aimant ses disciples que Jésus les fait participer à sa propre vie (Jn 13,15 ; 17,26) et leur donne la vie (Jn 10,10). Aimer à la manière du Christ, c’est pour l’homme, quelle que soit sa situation sociale, vivre et œuvrer au bien commun de la société dans laquelle il vit. En ce sens, il cherchera à protéger tout ce qui contribue au bien non seulement de l’humanité, mais encore des créatures non-humaines et de la terre.

En ce sens, il lui faut se débarrasser de l’égoïsme, de la méfiance et du « chacun pour soi », source de conflits entre les hommes, entre les ethnies et entre les pays. Mais il doit aussi s’interdire, individuellement et collectivement, des activités susceptibles de porter atteinte aux êtres humains, aux autres créatures et à l’environnement : guerres, exploitation des hommes, exploitation incontrôlée des richesses naturelles, etc. Si les humains œuvrent ensemble, au contraire, chacun selon ses capacités, selon sa place au sein de la société, pour l’équilibre de l’écosystème, ils travailleront au bien du prochain qui ne consiste pas en des sentiments, mais englobe toutes les dimensions de l’être humain. D’où l’importance, pour les hommes, de partager leurs connaissances, leurs aptitudes, leurs expériences, leurs talents, leurs qualités, leurs richesses et leurs moyens pour la protection de l’écosystème.

Cette mission doit s’organiser au niveau de chaque société, de chaque pays et au niveau de la communauté internationale, bien au-delà de la famille ou des groupes ethniques. Chaque être humain est en ce sens responsable du bien-être de son prochain, c’est-à-dire de tous les êtres humains sans distinction de race, d’origine, de pays, de classe sociale, d’orientation sexuelle ou politique et de religion. Il s’agit fondamentalement de prendre conscience que nous faisons tous partie d’une même famille humaine foncièrement solidaire et à tous niveaux (cf. François, 2015, n°30). Personne ne peut en effet être exclu du rayonnement de la charité dans tous ses effets, comme l’affirme le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise : « Etant donnée la dimension mondiale qu’a pris la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu’il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abris, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d’un avenir meilleur » (Conseil Pontifical «Justice et Paix», 2006, n°182). Ainsi, pour assumer sa dignité, l’homme doit-il nécessairement agir pour le bien commun. Ce qui signifie que l’effort pour sauvegarder la terre et la Création n’incombe pas seulement aux Etats, mais doit être l’affaire primordiale de chaque citoyen (cf. François, 2015, n°179). En œuvrant à la protection de la terre et de tout ce qu’elle contient, l’homme assume pleinement son identité ; il devient réellement image et ressemblance de Dieu en accomplissant sa mission vis-à-vis de toutes les créatures. En effet, régner sur les créatures, consiste d’abord à leur permettre de croître et de perdurer selon le projet du Créateur. Cela implique donc pour l’homme un engagement à travailler au bien de son prochain.

II.2.2. Aimer le prochain, c’est aimer les créatures non humaines.

Les deux récits de la création nous ont montré que les êtres humains ont besoin des créatures non-humaines pour s’épanouir et prendre soin d’elles. S’il veut œuvrer pour son bien et celui de son prochain, l’homme doit donc individuellement et collectivement travailler à la sauvegarde de la terre et des autres créatures. Or, le prochain n’est pas seulement le proche, l’ami ou le parent, mais tous les êtres humains, riches ou pauvres (cf. Lc 10,33-37). En effet, à l’instar d’Adam qui se réalise en accueillant et en acceptant la femme que le Créateur lui donne (cf. Gn 2,23), l’homme doit accepter l’autre comme son semblable pour se réaliser comme image de Dieu fait à sa ressemblance. Cela suppose de reconnaître que tous participent de la même humanité (cf. François, 2020, n°30). Aimer son prochain consiste donc à rechercher ce qui est le meilleur pour lui, selon le projet de Dieu, et concerne aussi les êtres non-humains. La sauvegarde de la terre et des autres créatures n’incombe donc pas seulement aux gouvernements ; elle est l’affaire de chaque citoyen (cf. François, 2015, n°179). C’est en assumant cette responsabilité que l’être humain trouve et adopte pleinement son identité d’image de Dieu, créée à sa ressemblance pour régner sur toutes les créatures. Or, régner sur les créatures, nous l’avons vu, c’est leur permettre de perdurer dans l’état auquel le Créateur les a appelées. En œuvrant ainsi en faveur des autres créatures, les humains expriment aussi leur amour envers le Créateur, car, aimer Dieu, c’est aimer ses œuvres, comme l’affirme le pape François :

La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création : «Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé» (Sg 11,24). Par conséquent, chaque créature est l’objet de la tendresse du Père, qui lui donne une place dans le monde. Même la vie éphémère de l’être le plus insignifiant est l’objet de son amour, et, en ce peu de secondes de son existence, il l’entoure de son affection (François, 2015, n°77).

L’être humain peut donc participer à cet amour envers toute créature quand il œuvre pour la sauvegarde de la terre, bien commun et maison commune de tout ce qui existe. La maltraitance de la terre peut en effet avoir des répercussions négatives sur la vie des êtres vivants qui y cohabitent, comme la perte de la biodiversité, qui entraîne l’extinction d’espèces aussi bien végétales qu’animales dans l’écosystème et donc sa dégradation au détriment des humains. Considérer la maltraitance de la terre comme un éloignement du Créateur, du prochain, de soi-même et de toutes les créatures, c’est déjà, pour les disciples de Jésus, lutter contre la pauvreté sur terre. La terre elle-même souffre en effet des actions prédatrices des hommes : « Parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui «gémit en travail d’enfantement» (Rm 8,22) » (cf. François, 2015, n°2). Pour œuvrer au bien du prochain et des autres créatures, les hommes doivent veiller à sauvegarder la terre de toutes formes de dégradation (cf. Ibid., n°5).

II.2.3. Travailler au bien de son prochain, moyen de s’humaniser et d’assumer sa dignité

Le Créateur de l’univers commande à l’homme de travailler non pas pour le punir, mais pour qu’il trouve dans cette activité le moyen de se réaliser (cf. Gn 2,5). Même après la chute, c’est encore par le travail que l’être humain trouve sa place dans la société et acquiert toute sa dignité (cf. Gn 3,17). Etant, par vocation, des personnes qui sont « d’une manière programmée et rationnelle, capables de décider eux-mêmes et tendant à se réaliser eux-mêmes » (Conseil Pontifical «Justice et Paix», 2006, n°270), les êtres humains s’adonnent au travail pour devenir ce qu’ils sont par vocation. Si, par son travail, l’homme contribue à l’amélioration de la qualité de vie des êtres vivants et de son milieu de vie, il assume pleinement le rôle que lui a confié son Créateur et assume ainsi sa dignité. Mais, soulignons-le, le travail désigne ici « l’ensemble des activités, des ressources, des instruments et des techniques dont l’homme se sert pour produire, pour dominer la terre » (Conseil Pontifical «Justice et Paix», 2006, n°270). Par ailleurs, c’est par leur « détermination ferme et persévérante à travailler pour le bien commun » que se révèle et se concrétise la solidarité entre hommes (SRS 38). Cette détermination contribue ainsi directement à leur humanisation personnelle et à celle de leur société. Censés être solidaires et complémentaires, comme l’homme et la femme avant le péché (cf. Gn 2), les humains œuvrent aussi pour le bien de leur semblable en entretenant ce bien commun qu’est la terre et tout ce qui s’y trouve (cf. François, 2015, n°49.66.237). Nul ne peut en effet prétendre prendre soin de la terre, maison commune pour les êtres humains, sans prendre soin de ses semblables, surtout des plus fragiles. Chaque être humain, au nom de son appartenance à l’humanité, doit en effet jouir des bienfaits de la terre et doit y contribuer aussi. Aucun homme ne peut se permettre d’accaparer pour lui seul le don que Dieu a offert à l’ensemble de l’humanité. Ainsi, pour vivre la solidarité entre eux, les hommes œuvrent et s’engagent pour le développement intégral, par exemple, en aidant à s’en sortir ceux qui sont dans une situation précaire et en contribuant au bien de la société (cf. Paul VI, 1967, n°47). La solidarité entre les hommes leur permet également de vivre le don de soi et de s’accomplir, car elle leur donne de « se dépenser pour le bien du prochain, en étant prêt, au sens évangélique du terme, à « se perdre » pour l’autre au lieu de l’exploiter et à « le servir » au lieu de l’opprimer à son propre profit » (Jean Paul II, 1987, n°38). Néanmoins, cette solidarité entre les hommes doit aussi être vécue entre les pays pour qu’elle soit efficace dans la sauvegarde de la création (Benoît XVI, 2009, n°51). En effet, « aucun peuple ne peut, pour autant, prétendre réserver ses richesses à son seul usage » (Paul VI, 1967, n°48). Les richesses de la terre doivent être réparties équitablement entre la génération actuelle et les générations futures8. Chacun doit pouvoir bénéficier de ces dons nécessaires à sa survie (cf. Conseil Pontifical «Justice et Paix», 2006, n°171-172). Ce qui suppose la coordination des activités individuelles et communautaires. Quand il adopte cette conviction et agit en ce sens, l’homme œuvre, par ses activités quotidiennes, pour le développement durable, intégral et solidaire de l’humanité en économisant les ressources naturelles, permettant ainsi à la terre de jouer également son rôle pour les générations futures. En effet,

Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. Nous ne parlons pas d’une attitude optionnelle, mais d’une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront (François, 2014, n°159).

Aussi, l’homme individuellement et en collaboration avec ses semblables doit-il utiliser son intelligence et ses capacités pour trouver les moyens qui permettront à l’humanité de jouir des fruits du développement économique et social, selon les critères d’un développement durable et solidaire. Ainsi doit-il mettre ses capacités d’innovation au service de l’équilibre de l’écosystème, en développant des moyens et des techniques permettant de fournir des ressources nécessaires au développement économique, technique, industriel et de rechercher également le bien-être des humains comme celui de la nature. En effet, lorsque les avancées technologiques et les progrès de la productivité prennent en compte et valorisent l’environnement et le bien être des êtres vivants, l’écosystème évolue vers un état d’équilibre. Néanmoins pour pouvoir œuvrer au bien du prochain et de la nature, l’homme doit aimer le travail, condition indispensable à l’humanisation de l’homme.

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Conclusion

La crise écologique qui frappe la société actuelle ne fait que bafouer la dignité de la personne humaine, car elle révèle l’incapacité de l’homme à exercer sa responsabilité par rapport à lui-même, par rapport à ses semblables et par rapport aux autres créatures dont fait aussi partie la terre qui est leur milieu de vie. C’est pourquoi, pour retrouver toute sa dignité, l’homme devrait collaborer avec ses semblables à la réalisation du projet de Dieu. Par ailleurs, la collaboration entre les êtres humains devrait s’enraciner dans cette conviction commune de la nécessité d’œuvrer à la sauvegarde de l’écosystème de l’humanité. C’est-à-dire mettre en commun le savoir qu’ils ont pu acquérir à travers leurs expériences individuelles et collectives dans leur relation avec les autres créatures, mais aussi par leur expérience du rôle du travail dans l’épanouissement de l’homme et de la société. En effet, à travers ces expériences, chaque être humain acquiert la conviction qu’il ne peut se dispenser d’œuvrer au bien-être de tous les êtres vivants. Car la dégradation de la qualité de vie d’un seul être vivant peut avoir une répercussion sur la vie de l’écosystème tout entier et par conséquent sur la vie de tout être humain ou non-humain. C’est pourquoi la recherche scientifique, la recherche pour le développement économique et industriel, les activités individuelles et collectives, matérielles ou spirituelles doivent avoir pour première préoccupation le bien-être fondamental de l’homme et de tout homme.

Il ne s’agit évidemment pas d’exclure de cet immense effort les créatures non-humaines dont on a vu la solidarité foncière avec les humains. Au contraire, il s’agit pour les hommes de reprendre conscience de leur responsabilité dans la protection de la nature en sachant qu’ils contribuent ainsi directement à leur propre bien-être. Ainsi, toutes les activités de l’homme devraient-elles avoir comme objectif fondamental et primordial de permettre à chacun de vivre et d’agir comme image et ressemblance de Dieu pour jouir pleinement de sa dignité.

L’homme, nous l’avons montré, retrouve entièrement cette dignité précisément dans la mesure où il met en œuvre sa capacité d’œuvrer au bien suprême de la société. En retour, la vocation primordiale de la société est de permettre à chacun de s’épanouir et de vivre selon ce qu’il est, dans sa relation avec ses semblables et avec les créatures non-humaines. Cela suppose l’entraide entre les humains ; un appel qui est inscrit par nature en l’homme selon les récits bibliques de la création. Quiconque veut assumer sa dignité est donc appelé à collaborer au bien de la société en partageant ses connaissances, ses aptitudes, ses expériences, ses talents, ses qualités, ses richesses et ses moyens. C’est ce que l’Evangile résume en appelant les hommes à s’aimer à la manière de Jésus. Vivre l’amour dont Jésus a aimé les hommes leur permet en effet de vivre dans l’acceptation totale de leurs différences comme une heureuse complémentarité. Une telle interaction dépasse le niveau des simples individus et concerne les régions, les pays riches comme les pays pauvres.

Vu le rôle essentiel de cette entraide entre riches et pauvres, entre employés et dirigeants, au niveau national et international, tous ceux qui en ont les moyens sont appelés à tout faire pour permettre aux pays en difficulté de sortir de leur pauvreté. En effet, le développement des pays pauvres peut contribuer également au développement des autres pays et se révéler en tout cas nécessaire à l’équilibre de l’écosystème de la planète terre. Mais, en retour, les pays bénéficiaires de cette aide ont le strict devoir d’utiliser cette aide au service réel et effectif du développement et pour le bien-être de leur population. Il faudrait que chaque pays, chaque individu puisse agir selon ses moyens pour collaborer à sa mesure au développement. Cette aide devrait être utilisée de façon à sortir finalement de la pauvreté, à se développer et à œuvrer ainsi au bien-être de l’univers. De cette façon, améliorer la vie des pauvres, c’est œuvrer directement au progrès de la société et à sa croissance économique, en particulier par la diminution de la violence et de l’insécurité. Cet effort concerne aussi bien ceux qui cherchent à aider les pauvres à sortir de leur pauvreté que les pauvres eux-mêmes quand ils savent utiliser cette aide pour qu’eux-mêmes et leurs semblables s’en sortent, car tous avancent ainsi sur un chemin d’humanisation personnelle et sociétale. On aura ainsi une société où la guerre, la violence, l’exploitation en tout domaine n’auront plus de place, car la méfiance, la haine, la concurrence malsaine y seront transformées en confiance, en paix, en solidarité entre les hommes et entre les pays. C’est au sein d’une telle société qu’apparaît enfin la réelle dignité que le Créateur a voulu conférer à la personne humaine.

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  1. 1 Enuma Eliš signifie “lorsqu’en haut”. Ce sont les deux premiers mots du texte cunéiforme akkadien racontant une cosmogonie mésopotamienne. Enuma Eliš devient ainsi le titre de ce mythe babylonien de la création.

  2. 2 Pour en savoir plus sur le lien entre le récit de la création et les mythes babyloniens, voir Pelletier (2000, 41-46).

  3. 3 Selon Glassner, « Un dieu est désigné pour être immolé et pour verser son sang, c’est Wê, le meneur de la jacquerie ! Il est choisi, nous dit le texte, parce qu’il a du têmu, c’est-à-dire de «l’esprit», autrement dit une certaine tournure de l’intelligence et du psychisme. Bref, l’homme, qui est créé mortel, est donc un être pensant ».

  4. 4 Apsû, le Dieu de l’eau, source de bonheur et d’abondance de la terre ainsi que de connaissances et de sagesse. Les mélanges d’Apsu avec celles de Tiamat, l’océan d’eau salée, ont formé « Mummu, les vagues, ainsi que le couple primordial, Lahmu et Lahamu ». Par ailleurs, lorsqu’un autre dieu, Éa, qui serait l’enfant d’une divinité sumérienne Anshar (dieu céleste) et une autre Kishar (dieu terrestre) d’origine sémitique a commencé à étendre son règne avec Anu, sa parèdre et d’autres divinités, ses subordonnés dans les eaux d’Apsû, ce dernier finit par s’inquiéter de la puissance de ceux-ci. Ainsi, avec Tramât, les deux élaborèrent un plan pour se débarrasser d’eux. Cependant, Apsu fut tué par Ea qui, ayant connu son projet, anticipe sa défense. Pour en savoir plus, voir Audureau, F. (2021).

  5. 5 Nous sommes de l’avis de Fabien Révol (2018, 41) qui affirme que « dominer la création, c’est l’administrer selon l’amour-même de Dieu pour ses créatures ».

  6. 6 Selon Leon-Dufour, « Le terme «Logos” cède la place à celui de “Fils” (v. 1,14), titre qui dominera tout l’Évangile : le Logos est devenu “le Fils”, manifestant ainsi sa “personnalité” propre ».

  7. 7 Etant encore dans le monde l’homme s’expose au mal. L’homme est invité à tout instant à choisir entre le bien le mal, entre la lumière et les ténèbres, entre ce qui est de la parole de Dieu et ce qui ne l’est pas. L’homme ne peut donc bénéficier que partiellement de la semence du verbe car le mauvais peut parfois le faire dévier, l’empêcher d’agir et de se comporter selon la semence du Verbe qui est en lui.

  8. 8 Nous sommes de l’avis de Fabien REVOL qui affirme : « Aimer la création signifie être en relation avec elle, et au sein de la création, accomplir son essence d’être en relation. Toute relation humaine est supposée être vécue selon la perspective structurante et vivifiante de l’amour » (F. Révol (2018), L’écologie intégrale comme capacité à aimer.  Revue Lumen Vitae, 4 (73), 416.